Archives du mot-clé filles

stop_shame

La malédiction de naître fille en Inde

La malédiction de naître fille en Inde

L’Inde, un pays où une femme est violée chaque 20 minutes, un pays où la naissance d’une fille dans la famille est considérée comme un porte-malheur, un pays où des millions des fœtus femelles ont été tués pendant les dernières décennies (selon les enquêtes menées par la Cour Suprême de l’Inde et les Nations Unies), un pays où ¾ des femmes n’ont même pas accès à l’éducation primaire et du coup, sont illettrées.

Mais avant d’aborder la situation des femmes en Inde, il vaudrait mieux parler de la mentalité chez l’homme indien et de la fabrique sociale du pays.

Depuis des siècles, la société indienne est très patriarcale. C’est une société dominée par les hommes qui considèrent les femmes comme « l’espèce faible ». Ils ont l’impression qu’ils « possèdent » les femmes, et que les femmes doivent « obéir » aux hommes. Prenons l’exemple du mariage. D’après la pensée occidentale, le mariage est une union civile dont l’homme et la femme sont les partenaires égaux. Mais en Inde, c’est le mari qui règne sur sa femme et qui pense que le seul devoir de sa femme, c’est d’obéir aux commandes de son époux. Autant dire que la position des femmes est inférieure à celle des hommes dans le milieu social.

Le viol collectif d’une universitaire en Décembre 2012 (qui a fait nouvelle partout dans le monde) a poussé le peuple indien à réfléchir, à faire de l’introspection, à se remettre en question, et non seulement à se remettre en question, mais à remettre plusieurs choses en question. « Pourquoi nous n’aimons pas nos filles? », « Qu’est-ce qui a amené à la marchandisation des femmes dans notre société? », « Comment pourrais-je expliquer le sens du mot « viol » à ma petite fille qui n’a que 5 ans? »

Le sex-ratio, c’est-à-dire le nombre de filles pour chaque 1000 garçons est épouvantable en Inde. Dans les états de Haryana et Punjab, c’est moins de 800 filles pour 1000 garçons. Et ceci a déclenché en phénomène qui me fait froid dans le dos : celui du « partage de femme ». Disons qu’il y ait trois frères dans une famille qui cherchent à se marier. Si l’un des trois frères se marie mais les deux autres ne parviennent pas à trouver des filles à marier, les trois frères violent et partagent l’épouse du premier frère! À cause de cela, on a constaté une forte croissance des taux de viol dans les mariages.

Mais où se trouve la loi parmi tout cela ? Après le viol collectif de Décembre 2012, une centaine de policiers ont été interrogés d’une manière clandestine avec des caméras cachées, sur ce qu’ils pensaient de ce viol. Qu’est-ce que la plupart d’entre eux ont répondu? Ils ont dit que la fille « demandait » à être violée parce qu’elle avait une tenue « provocante »… Eh bien, de quelle loi parle-t-on quand ceux qui sont chargés de la mettre en œuvre pensent de cette manière?

Bien évidemment, il y a la marchandisation des femmes et le traitement des femmes comme des « biens ».

Malgré tout cela, il y a un rayon d’espoir. Des millions de jeunes garçons et de jeunes filles, les universitaires, les représentants des ONG qui ont manifesté devant le siège du pouvoir de l’Inde montrent que les gens et surtout la jeunesse, ne supportent pas cette attitude vis-à-vis des femmes.

Toutes ces manifestations ont forcé le gouvernement à réagir. Une loi vient d’être ratifiée au Parlement qui vise à protéger les filles en Inde et à leur donner un sens de sécurité.

Après tout, dans un pays de plus d’un milliard de gens, comment parviendrez-vous à changer la mentalité de tous ses hommes…?